«Voilà, Etranger ! »
Ses yeux brillaient dans la lumière de la torche. Je lui souris avant de lui déclarer avec enthousiasme ce mot qui voulait absolument sortir de ma bouche :
« Merci ! »
Elle prit ma main et se releva, espérant que je suive son mouvement. Mais mes chevilles étaient toujours liées, et je tombai au sol à ses pieds, allongé à plat ventre sur la terre.
Elle ri, puis s'excusa timidement d'avoir oublié mes jambes.
D'un geste vif, elle coupa la corde. Je restai couché au sol et bougeai mes jambes sur le sol. Elles craquèrent en fracassant le silence qui régnait. Je me mis ensuite assis, tendis mes jambes devant moi, et massai mes genoux.
Elie me regardait attentivement, pleine de compassion.
Je me mis debout pour dégourdir mes jambes. Elles tremblaient tellement que faire un pas devenait dangereux : à tout moment, elles pouvaient céder, laissant le reste de mon corps s'écraser à terre.
Mon genou gauche plia accidentellement, mais à ma grande surprise, je ne tombai pas.
Elie était déjà venue m'épauler. Elle semblait fort inquiète de mon état. Curieux de connaître les réponses aux questions qui me traversaient l'esprit, j'en posai l'une d'elles.
« Où suis-je ? »
Elle sursauta !
« Excusez-moi, je ne m'attendais pas à vous entendre parler. Vous êtes dans le palais de notre maîtresse, Yasmina, fille du seigneur Dracon, et gouvernante de la vallée des Eaux Noires, en Arabie Saoudite. »
Mes yeux s'écarquillèrent instantanément ! En Arabie Saoudite ?? Comment avais-je pu atterrir dans cette contrée si lointaine ?
Et quelle précision dans ces propos ! J'étais épaté par ce petit bout de femme !
J'étais donc dans un palais ? Mais comment étais-je arrivé ici ?
« Notre maîtresse souhaiterait probablement vous rencontrer si elle savait que vous étiez réveillé. Me permettriez-vous de vous la présenter ?
-Ce serait avec plaisir »
Elie me fit signe pour que je la suive. Nous quittâmes la pièce dans laquelle j'avais séjourné pendant une durée indéterminée.
Lorsque ma sauveuse ferma la porte derrière nous, je ne pus m'empêcher de soupirer de joie en me remémorant ce réveil pour lequel je ne garderais aucune nostalgie. J'étais libre !!
Un long couloir jouxtait la petite pièce. Nous le suivîmes. Elie tenait toujours devant elle la torche qui ne tarderait pas à s'éteindre après s'être consumée, et qui éclairait les murs noirs de saleté. Nous montâmes dans un escalier en colimaçon. Mes jambes manquaient de flancher à chaque marche, mais j'arrivai à l'étage supérieur sain et sauf.
Quelle ne fut pas ma surprise quand j'aperçus les rayons du soleil ! Ils réchauffaient de magnifiques pavés de marbre s'étendant à perte de vue dans une immense salle, toute décorée de statuettes féminines présentées dans différentes postures. Des colonnes finement taillées supportaient un plafond sculpté pour le plus grand plaisir des yeux. Autour du péristyle, on pouvait observer un jardin coloré, parsemé de petits sentiers cheminant entre des fontaines d'eau claire.
De nombreuses femmes vêtues de toges rouges dans lesquelles étaient brodés des fils d'or allaient et venaient d'une autre salle située un peu plus loin. La plupart d'entre elles étaient ornées de bijoux, eux aussi en or, qui s'accordaient parfaitement avec leur teint « café-au-lait ».
Elie avait déjà avancé, et je m'empressai de la rattraper, serpentant entre les ½uvres d'arts exposées, et jurant de ne pas pouvoir leur porter un coup d'½il plus attentif.
Les femmes qui m'apercevaient me regardaient toutes de travers, et détournaient la tête lorsque je les fixais. Je compris ces réactions lorsque je me rendis compte que je n'étais vêtu que d'un pagne sale, souillé par la terre.
D'ailleurs, il n'y avait pas que mon linge qui était sale. La peau de mes jambes et de mes bras était recouverte de plaques noires. Je grimaçai même en remarquant que je ne dégageais pas une odeur agréable. Mélange de transpiration, de fermentation, et d'odeur de renfermé : rien d'appétissant.
Je m'écoeurais de ce parfum nauséabond. Mais je n'eus pas le temps de réagir au fait que je n'étais pas présentable lorsqu 'Elie s'arrêta.
Je levai les yeux pour observer l'environnement. Nous étions dans une pièce chaleureuse. Des voiles et des rideaux rouges recouvraient les murs et les décorations, donnant à cet endroit une allure typiquement orientale.
Devant nous, il y avait un petit promontoir meublé d'un énorme sofa rouge. De nombreuses femmes vêtues d'un semblant de « bikini » portaient leur attention sur une personne allongée de tout son long sur le fauteuil. L'une d'elle apportait notamment une corbeille de fruit, une autre un miroir, une troisième lui démêlait les cheveux.
Elie fit une révérence, avant de s'adresser à la femme allongée.
« Maîtresse, je me permets de vous amener l'Etranger. Il est réveillé ! »
Les yeux de Yasmina se rivèrent sur moi, me mettant extrêmement mal à l'aise.
« Bien, je te remercie Elie !
Mais dites-moi, Etranger, quel est votre nom ? »
J'entrouvris les lèvres et me mis à réfléchir. Quel était mon nom ?
Je retournai mes méninges dans tous les sens, sollicitant la moindre partie de ma mémoire à la rechercher de la façon dont on me nommait.
« Et bien, cher Hôte ! Répondez à ma question ! »
Je pinçai mes lèvres, les mordillai à sang, avant de répondre timidement :
« Je l'ignore, Maîtresse. »
Cette réponse lui arracha un rire sardonique, mais elle m'horrifiait de mon côté.
Je venais de me rendre compte que depuis que je m'étais réveillé, je n'avais pas pensé à mon passé.
Et le pire était là ! Non seulement je n'avais pas de nom, mais je n'avais pas non plus d'histoire ! Je ne me souvenais plus de mon passé ! Comme si je n'avais pas vécu avant, comme si je sortais de l'inconnu...