« Ben quoi, et ils sont où les deux autres ? »
Je souris à Gustav qui lève un sourcil.
« Heu, ils sont dans la salle de bains Monsieur, il faut les laisser !
-Ils se lavent ?
-Ca arrive vous voyez...
-Mais je leur ai dit d'attendre l'infirmière ! Je parie qu'ils ont mouillé leurs bandages ! »
J'étouffe un rire au fond de ma gorge en observant Gustav, qui semble aussi confus que moi. Les jumeaux risquent de passer un sale quart d'heure si on en croit les menaces!
Le type en blouse blanche se dirige vers la porte de la salle de bains, d'où sort brutalement une chevelure ténébreuse !
Bill lâche les vêtements et les produits de cosmétiques qu'il tient en main en voyant le médecin devant lui. Tout s'écrase au sol dans un fracas assourdissant !
« (Tom) Bill ça va ? »
Le dreadeux sort à son tour, vêtu tout comme son double d'un simple boxer moulant !
Ils se figent tous les deux devant le docteur en baissant la tête, comme le ferait un enfant qui sait qu'il a fait une bêtise !
Je suis assez impressionné par la taille des cicatrices qui traversent leur torse ! C'est comme si elles menaçaient de s'ouvrir tant la peau est tendue à ces endroits là !
Derrière, Gustav est en plein fou rire ! Il cache son visage dans ses mains pour ne pas attirer l'attention, mais ses hoquets trahissent son amusement.
« Messieurs Kaulitz ! Quand apprendrez-vous à écouter les infirmières ? Quand on vous dit de ne pas mouiller vos bandages, il y a une raison !! Sinon, on ne servirait à rien ! Alors non seulement vous trempez vos cicatrices, qui, croyez-en mon expérience, ne sont pas des plus anodines, mais en plus, vous osez prendre l'initiative d'ôter vos compresses sans même en parler à un spécialiste ?
Vous voulez quoi ?? Un séjour en salle d'opération supplémentaire ?
Ca ne vous a pas suffit de vous faire charcuter dans tous les sens ? »
Les deux jumeaux se sourirent malicieusement, en gardant toujours la tête basse.
En voyant ça, Gustav interrompit son fou rire et commença même à s'énerver !
« (Gustav) Mais bon Dieu, vous ne savez pas ce que c'est que l'infection ou quoi ? C'est la troisième fois que vous les retirez, on vous fait la remarque à chaque fois, et vous continuez!
(Médecin) Vous devriez avoir un peu plus de respect envers le don de votre frère, Bill ! Un sacrifice de rein et un échange de poumon,...
(Tom) C'est moi qui ai commencé ! »
Le sourire de Tom avait disparu, et il tuait le type en blouse blanche du regard !! Des yeux noirs qui refusaient qu'on s'attaque à son double et qui auraient dévoré le médecin s'ils avaient eu des dents !
« (Tom) Vous n'accusez pas mon frère ! Il n'y est pour rien s'il est dans cet état !
(Bill) Tom c'est bon, t'en fais pas ! J'aurais pas du...
(Tom) Non, Bill, c'est pas bon ! A ce que je sache, ce n'est pas ta faute si on a du te greffer autre rein !
(Bill) Mais j'aurais pas du enlever mes bandes !
(Tom) C'est parce que je l'avais fait, tu m'as suivi ! T'as pas à dire ça !
(Bill) Mais il a raison !
(Tom) Mais Bill arrête de t'enfoncer ! Ce n'est pas ta faute...
Arrête de dire que c'est toujours toi, arrête de dire que tout ce qui va mal, c'est à cause de toi ! »
Tom attrapa les épaules de son double, les yeux humides...
En face, Bill tourna la tête légèrement pour fuir le regard du dreadeux.
« Bill, écoute-moi ! Tu n'as pas à culpabiliser...
-Si ! C'est ma faute sur toute la ligne : si maman me prend pour un fou, c'est ma faute, si j'ai été interné, c'est ma faute, si t'as du me donner ton rein, c'est ma faute !! C'est ma faute si je continue à... »
Le guitariste releva le menton du brun...
« Non, Bill ! Tu n'y es pour rien !
-Lâche-moi Tom, tu sais aussi bien que moi que le seul responsable, c'est moi !
-Non ! C'est moi qui n'ai pas su m'occuper de toi convenablement !
-Arrête ! Tu n'as pas à me prendre en charge Tom ! Tu n'as pas à porter mon fardeau ! Tu l'as fait parce que tu as un c½ur en or, tu l'as fait pour me prouver que tu tenais à moi! Mais je ne veux pas que tu te rendes responsable de mes fautes !! Tu as déjà assez souffert pour moi... Beaucoup trop même ! Je t'en suis reconnaissant Tom, alors arrête d'en faire toujours plus ! Tu n'as pas à te sentir obligé de me protéger comme tu le fais, même si je me sens bien sous ton aile !!»
Le dialogue partait en véritables aveux, devant lequel Gustav et moi restions cois ! Le médecin tenta d'interrompre la scène, légèrement confus à cause de l'ampleur que prenait la situation.
« (Médecin) C'est pas grave ! Ce n'est que des bandes ! Je vais vous en remettre d'autres, et on n'en parle plus ! C'est tout ! »
Tom prit son double dans ses bras, et acquiesça d'un signe de tête avant de chuchoter quelques mots à l'oreille du brun.
« Ce n'est pas ta faute si tu as perdu la mémoire. Et le problème, il est là Bill ! »
Le chanteur recula, ses yeux fuyaient la vérité !! Il s'en voulait, ça se lisait dans son corps mutilé...
Mais même si derrière, je restais silencieux, je n'arrivais pas à croire qu'une simple histoire de bandes avait réussit à les toucher autant, mais surtout à les faire culpabiliser.
La moindre faute réanimait en eux deux des sentiments bien au-delà de ce que j'imaginais. Ils se rendaient responsable de tout, même ce qui ne réclame pas de responsable. Ils se surprotégaient, refusaient qu'on s'attaque à l'autre. Ils étaient plus solidaires qu'ils ne l'avaient jamais été...
Ils préféraient se faire accuser que d'accepter que l'autre assume ses erreurs.
Ils se turent ainsi, sans un mot de plus. Gustav et moi, nous les regardions avec une certaine admiration pour leur bravoure, mais aussi un désir de leur faire comprendre que là dedans, ils auraient dû écouter les médecins plutôt que d'essayer de protéger l'autre...
Le choix aurait été bien meilleur.
Pour moi, il est clair qu'ils étaient tous les deux responsables. Tom, pour avoir montré le mauvais exemple, Bill, pour avoir suivit aveuglement l'erreur de Tom.
Mais l'importance n'était pas dans ce détail.
Nous étions confrontés à un fait plus grave que cette mascarade avait dangereusement mis en évidence : Bill n'avait plus aucune méfiance du monde qui l'entourait !! Il s'en remettait seulement à Tom en qui il avait une confiance infinie, en qui il pouvait trouver un soutien sans limite, mais qui pouvait les faire plonger tous les deux au moindre faux pas !
Il n'était plus capable d'assumer ses choix sans l'avis de son frère, il était influencé par le moindre argument extérieur, même s'il contredisait sa conscience.
Bill n'était plus qu'un pantin sans bonne conscience, dangereusement abandonné aux mains d'un frère qui ferait tout pour son bonheur, même s'ils devaient sombrer tous les deux.
Mes pensées s'éloignaient lentement, revenant à mes rêves...
Elles divaguaient à travers un brillant passé qui retenait en moi une profonde nostalgie...
Je me souvenais du Bill rebelle, qui prenait un plaisir fou à contredire et à critiquer.
Un chanteur marginal qui nous avait porté au sommet, mais réduit aujourd'hui à la proie de n'importe qui d'un peu plus futé que lui...
Et plus je réfléchissais, plus je me remémorais la sécurité que je trouvais à ses côtés. Il était toujours assez futé que pour trouver le danger et que pour nous en prévenir.
Aujourd'hui, ce serait à nous de faire les bons choix pour qu'il puisse redevenir assez conscient du mal qui tournait autour de lui...
Aujourd'hui, il fallait que nous réagissions, pour pouvoir espérer sauver notre petit frère des griffes de la vie...
Je portai à nouveau un regard sur les jumeaux. Assis sur un lit d'hôpital, ils se regardaient sans se parler. Et pourtant, ils semblaient se dire plein de choses.
Leurs yeux évoquaient soutien, compassion, amour, consolation.
Le médecin s'acharnait à resserrer encore et encore les bandes autour de leurs maigres torses blancs, leur arrachant de temps en temps une grimace.
Les traces de l'opération disparaissaient peu à peu, ainsi que les nombreuses blessures supplémentaires que Bill s'était infligées. Perdu sous son monticule de blessures et de morsures, il n'arrivait pas à détacher le sourire qu'arboraient fièrement ses lèvres roses.
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Je grimace une dernière fois, avant que le médecin ne noue définitivement mon bandage.
« Voilà les garçons !! Mais cette fois-ci, ne les enlevez plus sans un accord d'un spécialiste ! »
Tom acquiesce, se lève, puis va se coucher sur l'autre lit en rabattant le drap blanc sur lui. Le médecin fronce les sourcils, puis fais la moue.
« Oh, je vois que ça vous plait qu'on s'occupe de vous ! Mais ce n'est pas tout ça ! Je vais vous laisser, le devoir m'appelle ! »
Il quitte aussitôt la pièce en me saluant d'un signe de tête, ainsi que Georg et Gustav.
Je gratte un peu mon bras qui me démange méchamment, puis je me tourne vers les autres.
« Il nous a encore coincé le salaud !
(Gustav) Ils ont l'½il, qu'est-ce que tu crois !
(Georg) Il fallait les laisser !
(Moi) Oh, toi, je te défie de garder des bandages toute la journée !! Surtout quand ils te compressent le ventre à ne plus pouvoir en manger ! »
J'empoigne mon oreiller et le lance à la figure du bassiste qui le rattrape habilement !
« (Georg) Et moi, je t'offre un gros gâteau à ta sortie si tu arrives à ne plus les enlever sans l'accord des médecins !
(Gustav) Moi aussi j'en aurai un ?
(Moi) Un gâteau comment ?
(Georg) Comme tu veux ! Un gâteau avec plein de chocolats, qui dégouline de crème anglaise ! Et si tu veux, je rajouterai des fraises !
(Gustav) Oh !
(Moi) Marché conclu ! »
Un sourire malicieux s'affiche sur mon visage. Je me sens déjà gagner et tenir le gâteau en main, prêt à l'avaler comme...
« (Tom) On s'en fout de votre gâteau ! »
Gustav regarde le lit, puis soulève le drap...
« Mais oui, tu en auras aussi !
(Tom) J'en veux pas de toute façon ! »
Les cheveux dorés de mon jumeau reposent sagement sur l'oreiller blanc...
Gustav tire encore un peu le drap, révélant le petit corps recroquevillé en boule qui s'enfonce dans le matelas.
« (Gustav) Si ça manque de goût, Georg pourra y semer ses poils de bras ! Ca le rendra peut-être plus appétissant à tes yeux !
(Tom) J'en veux pas de ton gâteau... »
Le batteur passe sa main dans les dreads de mon frère, ce qui réveille légèrement mon ventre. Il commence à papillonner...
« (Gustav) Qu'est-ce qui ne va pas ?
(Tom) Rien !
(Georg) T'as mal ? »
Tom hoche la tête. Je remarque alors sa main, crispée sur son ventre, prête à arracher les bandages d'un coup sec. Ses ongles s'enfoncent dans les compresses, et tentent de les décoller.
Je m'approche lentement de son lit en laissant mes pieds effleurer silencieusement le sol. Mon regard est porté sur ce poing fermé, ce cou tiré, ce corps enroulé sur lui-même.
Une fois à sa hauteur, je laisse mes doigts se faufiler sur les draps, puis sur ses bandes. Nos mains se rencontrent, je mêle mes doigts aux siens, nos paumes se joignent. Les petits yeux noisette de Tom se tournent vers moi, humides, souffrants...
Je m'assis à ses côtés et succombe à ce désir de le réconforter. Si il a si mal, c'est à cause de moi. Nos yeux plongent dans ceux de l'autre, cherchant la présence qui pourra apaiser ces maux. Mes cicatrices commencent à me brûler, tandis que mon visage s'approche de celui de Tom.
Nos mains se resserrent, mes lèvres enflammées par la confusion effleurent la joue du blond...
« Ne t'en fais pas, petit frère, maintenant, tout ira mieux. »


