Et encore un poignard dans le dos !
Une nouvelle gifle manque de partir, mais je me retiens, et pars hâtivement. Derrière moi, je prends le soin de fermer la porte à clé, enfermant Bill loin de tous les dangers.
Je souffle, enfin ! Mon soulagement est pourtant accompagné de larmes...
Il n'a pas peur de faire mal, il n'a plus de tact, il n'aime plus personne. C'est dur de voir 18ans de bonheur s'envoler ainsi !
18ans où je l'ai éduqué avec amour...
Et lui qui a perdu toute notion de respect !
...Lui qui me bafouille des paroles insensées ! Il n'a plus aucun sens des valeurs, il ne sait pas que la vie présente des dangers. Et Dieu sait qu'ils sont innombrables.
Je sèche mes larmes avec mes doigts...
Il ne bouge pas, il ne riposte pas ! Il ne comprend sûrement pas ce qui lui arrive ! Le pauvre ! Et ma conscience qui vient d'en prendre un coup.
Ce n'est pas possible, il joue la comédie...
Comment peut-il retrouver son apparence du jour au lendemain ?
Il se souvient sûrement de quelque chose !
Mon c½ur est saccadé et bat à toute vitesse !
Qu'est-ce que je dois faire de lui ?
Un étranger chez moi, peut-être psychopathe, ça ne me plait pas !
Peut-être que l'interner serait une bonne solution pour qu'il réapprenne le sens de la vie...
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« Mais tu es folle, le mettre à l'asile ?
-Tom, regarde ce qu'il est devenu !
- Mais c'est mon frère !
-Et c'est mon fils !
-Je me demande dans quelles circonstances tu le considères comme ton fils !
-Tom ne dit pas de bêtises !
-Il est hors de question qu'on me l'enlève à nouveau ! »
Je tremble...
La sueur dégouline le long de mon visage, et j'imagine déjà Bill criant mon nom dans les couloirs d'un bâtiment duquel il ne pourrait pas sortir ! Deux types en blancs le tiennent chacun par un bras...
Ils avancent, traînent Bill derrière eux.
Bill crie, il hurle, il tente de se débattre. Le noir de ses cheveux et de ses yeux contraste avec les murs blancs.
Il est la seule chose que je fixe dans mon champ de vision...
Et moi, je ne bouge pas ! Des chaînes invisibles me figent sur place...
Il s'éloigne, il pleure, il hurle toujours !
Des gouttes salées envahissent mes joues, et je tends ma main vers lui. Mais elle ne veut pas bouger. Elle est trop lourde !
Bill s'éloigne toujours plus...
Et je ne peux rien faire !
Juste crier aussi !
Et puis il disparaît au bout du couloir...
Je m'écroule au sol, et me retrouve à nouveau devant la table de la cuisine, face au teint pâle du visage de ma mère.
« Tom tu sais ce ne serait que temporaire !
-Il n'a pas besoin de ça !
-Il va faire des bêtises !
-Il fera ses propres expériences...
-Mais Tom il est dangereux ! Il est fou !
-Non il n'est pas fou ! Il est perdu ! Il ne sait plus qui il est !
-Et où est le problème qu'il se fasse suivre par des spécialistes ?
-Si tu veux qu'il devienne fou, alors interne-le !
-Il retrouvera sa lucidité !
-Non, maman...
Il deviendra taré ! Et tu ne le verras plus ! S'il rentre là dedans, il n'en sortira plus !
-Ne dis pas de bêtises !
-Si tu me l'enlèves, je te jure que je te le ferai regretter !
-Tom !
-Tu n'as pas le droit de lui faire ça !
-Je suis sa mère !
-Tu n'as plus aucune valeur à ses yeux ! Alors essaye plutôt de gagner son estime !
-Il doit être soigné !
-Il n'est pas malade ! Et il a besoin de nous ! Pas d'une cage où il sera isolé !
-Tom je crois que tu ne comprends pas !!
-Il est hors de question que je te laisse lui faire ça !
-Il ira mieux !
-Non !
-Et tu veux faire quoi d'autre alors ?
-M'occuper de lui !
-T'occuper de lui comme tu l'as fait cet après-midi ?
-Si je n'étais pas là, il se serait déjà fait tuer par des fans hystériques !
-Tom je ne le laisserais pas entre tes mains !
-Et moi je ne le laisserais pas cloisonné avec des vrais fous, derrière des barreaux !
-Mais c'est la meilleure solution !
-Laisse-lui du temps ! Il doit se redécouvrir Maman !
-Et si on dit aux médecins qu'il est Bill Kaulitz, ils pourront s'en occuper plus...
-Arrête de parler de l'interner ! Tu m'énerves ! Laisse-lui sa liberté !
-Il y sera bien !
-Non ! Il doit voler de ses propres ailes !
-Il a besoin d'être suivi !
-Alors je le ferai !
-Tu n'es pas à la hauteur ! Tu craqueras au moindre obstacle Tom !
-Tu m'énerves ! »
Je sens la haine monter...
Mes poings serrés sur la table auraient déjà frappé si ce n'était pas ma mère !
Je cache mon exaspération dans mes dreads.
On ne me le prendra pas. Pas mon Bill, pas mon frère !
Il ne se sentira pas bien si on le coupe du monde extérieur !
Et ma mère ne peut pas prendre la décision seule !
Je l'empêcherai de le priver de sa liberté !
Et je prendrai soin de lui.
Car il est mon frère, celui que j'ai toujours aimé...
Mis à part qu'il est juste un peu déboussolé !
« Tom tu dois comprendre...
-Fais-lui un lavage de cerveau tant que tu y es !
-Il faut que tu acceptes l'idée que Bill ne peut pas être bien avec nous !
-Et pourquoi pas ?
-Il doit être suivi !
-Arrête de répéter ça en boucle ! Si tu veux que Bill redevienne celui qu'il était, il lui faudra le même terreau familial, les mêmes amis...
-Il ne sera jamais plus pareil ! Il est fou !
-Mais arrête de dire ça ! Bordel et tu prétends que tu l'aimes ?
Il faudrait que ta mère t'aime comme tu l'aimes lui !
Je t'interdis de l'interner ! S'il a besoin de soutien, moi je serai là ! Et il le sait !
Et je l'aiderai...
Je l'aimerai, comme je l'ai toujours aimé !
Et pas en ayant pitié de lui parce qu'il a perdu la mémoire !
Je l'aimerai sans limites ! Parce qu'il est mon frère, frère de sang, frère de c½ur...
Et je ne te laisserai pas gâcher une vie qui n'est pas la tienne, SA vie !
Tu dis toi-même qu'on en a qu'une, qu'elle est précieuse, qu'il faut en prendre soin ! Alors ne lui enlève pas la sienne, du peu qu'il lui en reste ! »
Sans rien ajouter, je quitte la cuisine en abandonnant ma mère seule devant sa tasse de café. Au passage, je renverse ma chaise...
Je ne veux plus l'entendre...
Pas ses propos absurdes, inhumains !
Maman n'y a vu que du feu, mais je l'ai assez distraite que pour pouvoir reprendre la clé de la chambre de mon double, qui était cachée derrière un pot de fleur sur l'appui de fenêtre...
Je la tiens fermement dans ma main, comme si c'était la clé d'un trésor qui n'avait jamais été découvert...
Et maintenant, je m'en vais libérer ce trésor...
Le rejoindre, le prendre dans mes bras, lui promettre que je serai toujours là pour lui...
Mais surtout, lui rendre sa liberté !
