« Alcibiade, je dois te dire quelque chose !
-C'est grave ?
-Non...
Mais disons que cela me met en danger.
-Pourquoi ?
-Je veux bien te parler de toi ! Cela me semble vraiment injuste que Yasmina t'empêche d'être toi ! Mais il faudra absolument que tu tiennes ta langue !
-D'accord !
-Mais, tu sais comment je m'appelle ?
-Non ! Je sais juste que tu étais fort différent de ce que tu es maintenant !
-Que veux-tu dire par là ?
-Je veux dire ! Je ne sais pas qui tu étais, mais il se fait que tu étais...
-Que j'étais ?
-Très différent !
-Pourquoi tu tournes en rond ?
-Parce que je suis censée tenir ma langue ! Bon.
Il faut que tu saches que nous t'avons retrouvé sur la plage. Tu étais trempé jusqu'au os.
Nous t'avons alors emporté.
Mais, tu étais bizarre !
-Bizarre ?
-Enfin, différent des hommes que nous voyons généralement ici !
-Elie, ce que tu me dis ne m'avances pas à grand-chose !
-Je suis désolée ! »
Elle se releva...
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Comme tous les soirs, je m'enfouis sous la couette. Je n'ai pas fermé les rideaux et je contemple les étoiles.
Je repère Orion, qui est la seule lignée d'étoiles que je connais. C'est mon frère qui m'a enseigné à la retrouver.
Mes pensées se perdent dans mes souvenirs et les larmes me montent aux yeux : il me manque. Je ressens cet éternel vide qu'il m'est impossible de combler, cette absence que rien ne peut remplacer !
Je revois dans ma tête ce visage réjoui dont le sourire s'estompe peu à peu.
C'est son visage, c'est le mien.
La pluie frappe la vitre et s'écoule en minces filets d'eau le long de la fenêtre.
Cette eau qui tombe, c'est un peu la métaphore vivante de mes sentiments en ce moment.
Tous mes rêves se sont évanouis depuis que je l'ai perdu. Mon âme erre dans le monde sans bonheur ni douleur si ce n'est ce manque, cette absence, son absence.
Je donnerais tout pour le retrouver, même si je devais vendre mon âme au diable.
J'accepterais de souffrir éternellement en échange de son sourire, une dernière fois, juste une !
Une ultime réjouissance qui me rongerait à jamais. Ma Stich ins Glück.
Je me demande s'il pense à moi comme je pense à lui. Je me demande si je lui manque autant que son absence m'anéantit.
Je me jetterais à corps perdu dans une épopée à travers le monde pour le voir sourire une dernière fois. Peut-être même aurais-je la chance de sentir sa joue chaude contre la mienne alors qu'on s'embrasse, heureux de s'être retrouvés. Si je le retrouve... je ne le quitterai plus ! Même les monstres les plus puissants ne briseront pas l'amour fraternel qui nous unit depuis toujours.
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Je me relève et tourne en rond. Je ne sais plus quoi faire. Continuer ? Ne pas continuer ?
Je sais que je risque de le payer cher, je me le répète assez.
Alcibiade compte sur moi. Je ne peux pas le décevoir. Pour une fois que je pourrais me sentir vraiment utile !
Il faut que je me jette à l'eau. Plutôt mourir que de fuir !
Je me rapproche de lui. Il me nie. On m'a rarement fait ça, mais j'avoue que je n'apprécie guère !
Je dois me faire écouter, respecter !
Il ne peut pas me faire ça ! Me nier !! C'est trop douloureux !
Je m'agenouille dans son dos. Je pose mes mains sur ses épaules et le masse légèrement. Il ne bouge pas. Je joue avec ses magnifiques cheveux blonds ! Qui est-il pour avoir hérité d'une pareille beauté ?
Mes doigts redescendent dans sa nuque. Ils tracent les contours du logo tatoué sur sa peau. Je ne sais pas ce qu'il signifie, mais cela fait de lui quelqu'un marqué par son passé. Je suis sûre qu'il ignore l'existence de ce signe qui pourrait probablement lui en apprendre énormément sur lui.
« Alcibiade, tu as déjà pensé à regarder dans ton dos ?
-Hein ?
-Tu as déjà regardé dans ton dos ?
-Non, pourquoi ?
- Parce que certaines encres sont indélébiles !
-De quoi tu parles ? »


